LA 5e Ed DES RENCONTRES FRANCO-ESPAGNOLES 

RACINES RAÍCES MÉMOIRES RÉSISTANCE REND HOMMAGE 

A  JORGE  SEMPRÚN  

OU LA VIE D'UN HOMME LIBRE 
en présence de son petit-fils Thomas Landman       

MONTPELLIER MÉDIATHEQUE ÉMILE ZOLA 

 SAMEDI 23/11 14H 

 DIMANCHE 24/11 15H30 


 


Conférences, témoignages et projections : Vie et oeuvre de Jorge Semprún, témoin majeur de son temps Animation par AGNÈS ROBIN, Maire adjoint déléguée à la Culture de la ville de Montpellier

Avec la participation de jeunes de Montpellier et de Clapiers, lauréats du concours régional du Mémorial de Rivesaltes section poésie

Jorge Semprún est un enfant de la guerre civile espagnole, exilé, résistant,déporté, rescapé de Buchenwald, dirigeant du Parti Communiste dont il est exclu, puis Ministre de la Culture en Espagne (1988-1991) dans un des gouvernements de Felipe Gonzalez. Il a écrit des romans, des récits autobiographiques, des pièces de théâtre et des scénarios (Z, l’aveu..) et réalise des films et documentaires. Il développe une grande complicité avec ses compagnons de route Costa-Grava, Alain Resnais, Yves Montand. Il dénonce l'horreur de la guerre et notamment des camps de concentration et la répression en Espagne. Une partie importante de son oeuvre concerne sa vie d'exilé en France et les années de l'après-franquisme

 SAMEDI 23/11 14H 

14h15 DOCUMENTAIRE "LES MILLE VIES DE JORGE SEMPRÚN" EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR ALBERT SOLÉ BRUSET

Ce documentaire retrace le parcours de l’une des figures les plus passionnantes du XXe siècle, depuis sa terrible expérience dans les camps de concentration, qui marqua sa vie et ses écrits, jusqu’aux salons soviétiques où il passa d'un stalinisme actif à un anticommunisme viscéral ; des rues de Madrid où il se promenait tranquillement alors même qu'il était l’homme le plus recherché par la police franquiste, aux cafés parisiens où il fréquenta Yves Montand et Marguerite Duras. Et si son « long voyage » à travers une Europe en crise a fait de lui un intellectuel et un séducteur, aussi aimé qu’haï, une partie de lui-même n’a jamais quitté le camp de concentration. Sa figure a toujours été controversée : a-t-il été protégé à Buchenwald ? Ses origines aristocratiques l'ont-elles aidé dans sa mission d’espion communiste ? Sa biographie pleine de clairs-obscurs est aujourd’hui revisitée. Pour plonger dans les multiples vies de Jorge Semprún, nous nous sommes entretenus avec certaines des personnalités qui l'ont connu et qui nous aident à retracer le jeu de miroirs dans lequel s'est déroulée la vie de ce « Zelig », aussi transparent que mystérieux.

À leurs côtés, nous tenterons de répondre à une série de questions : qui était l’homme derrière ces nombreuses vies ? Quelle est la part de réalité et de fiction dans son incroyable biographie ? Qu'est-ce qui a poussé Semprún, l'éternel séducteur, à se réinventer en permanence ? Était-ce une question de survie ?

 Albert Solé Bruset est licencié en Sciences de l’information et a exercé comme journaliste dans différents journaux puis à la télévision espagnole et sur la chaine de télévision TVE. En 2008, il fonde sa propre maison de production, produit et réalise des documentaires comme « Bucarest la mémoire perdue », qui remporta le Goya du meilleur documentaire. Il réalise et produit « Al final de la escapada », « Los recuerdos de hielo ». Les années suivantes, il réalise « Gabor » (Sebastián Alfie, 2014, producteur et scénariste), « Jarabe contra el cáncer » (2017, comme directeur et producteur), « Federal » (2017, directeur et producteur) et « Miró contra Miró » (2018, directeur). En 2019, il sort sur « Netflix Examen de conciencia », sur les abus sexuels de l’église espagnole. ​En 2020, «La última cinta desde Bosnia », sur la lutte de Sifa Suljic. Depuis 2014, il est professeur associé à la faculté de Sciences et de communication de l’Université Autonome de Bellaterra et est également directeur artistique du Brian Film Fest.

 16H - TABLE RONDE « LES DIFFÉRENTES FACETTES DE LA VIE ET DE L’ŒUVRE DE SEMPRÚN »

Avec Thomas Landman, petit-fils de Jorge Semprún Albert Solé Bruset, réalisateur  Animation Manuela Parra, Présidente de l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture

17H  LECTURE MUSICALE EXTRAITS « LE GRAND VOYAGE » De JORGE SEMPRÚN PAR 

ALEXANDRE PRATLONG, COMPAGNIE THÉÂTRALE LA BAM ET SYLVIE ROUX, ACCOMPAGNEMENT MUSICAL

ALEXANDRE PRATLONG comédien, metteur en scène. Il fonde et dirige depuis 23 ans la compagnie La BAM avec laquelle il développe un théâtre poétique, joue et signe les mises en scène. Il joue dans de nombreux spectacles pour de nombreuses compagnies dont Jeune théâtre Européen du Luxembourg : Reves d'Anne Franck de Jean Paul Denizon - Cie le grain Le labyrinthe - Cie d'entrainement : Quai Ouest de Koltes Alain simon - Cie jubilo Label Bleue Abalone - Macbeth de Shakespeare - Cie Demodesastr : « L'Enfer » de Dante (Theatre des fédérés de Montluçon/ Theatre du Merlan Marseille) - Cie Altaïr : « L'Arbre sans fin » - « Le Murmurophone » - « To scie or not to scie » - « le petit Prince » de Saint Exupéry - « Bosch et Brueghel » - « l’Esperance » - « KROL » 2022 Premier prix festival historique. Cie Débrid art « Iq et Ox »... 

SYLVIE ROUX, Guitariste concertiste et enseignante chargée de la coordination pédagogique au Conservatoire de Nîmes. Elle met en place de nombreux projets artistiques auprès des élèves du conservatoire et elle a participé à un projet européen Comenius Regio avec la Ville de Nîmes à Prague pour promouvoir les enseignements artistiques et la musique française en République tchèque



DIMANCHE 24/11 15H30 

PROJECTION DU FILM « LA GUERRE EST FINIE » 
EN PRÉSENCE DE THOMAS LANDMAN, PETIT-FILS DE JORGE SEMPRÚN

D’ALAIN RESNAIS
SCÉNARISTE ET DIALOGUISTE JORGE SEMPRÚN
AVEC YVES MONTAND, INGRID THULIN, GENEVIÈVE BUJOLD


Sur un scénario de Jorge Semprún, La guerre est finie concerne l'Espagne et raconte la lassitude d'un clandestin communiste joué par Yves Montand. En 1966, Resnais présente « La Guerre est finie » au Festival de Cannes, hors compétition.
« Mon titre a une double signification. En tant que mythe, la guerre d'Espagne est terminée, mais la lutte, elle, continue ».
Évincé de la sélection officielle pour ne pas déplaire aux autorités franquistes, le film, fruit de la rencontre avec Jorge Semprún aurait pourtant pu remporter sans conteste le Grand prix.
La vie quotidienne d'un révolutionnaire clandestin y est décrite avec une rare authenticité. L'interprétation d'Yves Montand, admirable de vérité et de force, est saluée unanimement par la critique.
Mais surtout, Resnais donne à cette justesse une dimension supplémentaire, que Françoise Giroud résume magnifiquement :
« Son style a la respiration chaleureuse de celui qui parle, avec ses périodes lentes et, parfois, l'accélération de la pensée qu'il projette très vite en une série d'images flottant sur le récit. C'est à chaque seconde du Resnais, c'est-à-dire de l'art. Le contraire du cinéma-document, du cinéma-reportage, du cinéma débraillé. Dans le miroir qu'il promène au bord de la route, la vérité se reflète, transmuée en beauté parce qu'il est fou de beauté et qu'il a ce don si rare de la voir partout où elle
est. »

 


TEMOIGNAGE

En 1980, j’avais tout juste 15 ans et 7 mois après la sortie de « Quel beau dimanche ! ». J’allais comme d’habitude passer la fin de l’été à Garentreville dans la maison de Jorge et Colette et j’y retrouvais mon arrière-grand-mère, personnage clef de mon enfance.

Le lendemain de mon arrivée, elle me prit à part, attendant que nous soyons seuls tous les deux et me demanda si j’avais lu le dernier livre de Jorge qui m’était dédié :   « A Thomas, pour qu’il puisse-plus tard, après, se souvenir de ce souvenir ».

Je lui répondis négativement et avec sa discrétion habituelle, elle me suggéra de le lire et que j’y découvrirai des mots très forts à mon égard.

Je me plongeais alors dans « ce beau dimanche » à la recherche de ce que pouvait écrire sur moi un homme aussi talentueux que mon grand-père.

Je parcourais de manière frénétique les pages pour trouver le passage ou j’apparaissais, peut-être allais-je y découvrir des éléments essentiels sur mon identité, sur mon avenir, sur ma vie.

Je connaissais la raison de mon existence, on me l’avait souvent répétée, mais je voulais savoir ce que Jorge pensait de moi, de ma personnalité. Peut-être allait-il y décrire mon tableau à la façon d’un triptyque de Bosch.

Les pages se tournent et on y parle de politique, c’est permanent, de camps de concentration ça revient de manière lancinante, de communisme et du sort des juifs.

On y apprend qu’il était conscient de ses longues périodes de silence pendant les dîners familiaux et que ce n’était pas parce qu’il nous trouvait stupides mais simplement parce qu’il retournait chez lui sur la colline de l’Ettersberg qu’il n’avait jamais quittée. Il y retrouvait ses camarades et l’immortalité de celui que la mort avait traversée.

Je continuais à dévorer les pages et j’arrivais au passage sur les juifs rapatriés de Pologne. On est presque à la fin du livre et je sens que le moment est bientôt arrivé. Je vais enfin savoir ce que Jorge pense de moi, ce que je vais être, j’avais 15 ans et c’était le moment où devait se construire mon identité d’homme. C’était le moment des doutes, des angoisses et possiblement la réponse était là après les juifs de Pologne, cousins germains de mon grand-père paternel. Ces juifs, parmi lesquels il fallait choisir d’envoyer à la mort les plus faibles pour préserver ceux qui étaient en meilleure santé.

La fin du livre approchait et toujours rien sur moi. Un sentiment de malaise me gagnait. Peut-être avais-je disparu du livre, qu’il était impossible de parler de moi à des dizaines de milliers de lecteurs.

Puis, après la douceur des mains, des bouches, des paupières des femmes, enfin je suis là, après une phrase sur la mort : 

« Tu regarderas Th…, l’enfant que tu as aimé par-dessus tout au monde et tu n’auras peut-être plus rien à dire à l’homme qu’il sera devenu, qui te considèrera avec un mélange de tendresse apitoyée et d’impatience contenue.

Le 3 juin 2011, j’ai fait le voyage de Saint-Paul-de-Vence pour dire au revoir à Jorge, un des hommes que j’ai aimé par-dessus tout au monde, et ce jour-là je l'ai regardé avec tendresse et amour ….

 

Thomas Landman

Petit-fils de Jorge Semprun 




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